La Coordination Nationale des Lycées Techniques et Technicum
  le technique avant 1962
 
Alger, Algérie : documents algériens
Série sociale : enseignement
Enseignement technique et professionnel en Algérie

6 pages - n°43 - 24 décembre 1953
 
mise sur site le 3-07-2005
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Organisation générale.

---------L'organisation de l'Enseignement Technique a fait, depuis son institution en Algérie, l'objet de différentes études et plans : Commission Painlevé en 1911 - Plan Joly en 1915 - Plan de 1920 - Mission Labbé 1935 - Rapport de M. Brunold en 1946 - Voyage de M. le Ministre André Morice en 1948 - Mission de M. l'Inspecteur général Vercier en 1948-1950. Mais, administrativement et bien que l'arrêté gubernatorial du 10 octobre 1935 pris à la suite de la mission Labbé, ait placé la Formation professionnelle alors dispensée en Algérie sous l'autorité du Recteur de l'Académie, l'Enseignement Technique et Professionnel encore budgétairement rattaché aux Directions de l'Administration Centrale (Commerce, Affaires Musulmanes, Intérieur), n'a disposé d'un budget propre dans le cadre de la Direction de l'Éducation Nationale, que par effet du décret du 27 novembre 1944 et une première dotation de quelques importance au Budget extraordinaire - 130 millions - est notée en 1947.

---------En dehors de l'Éducation Nationale la Direction du Travail au Gouvernement Général de l'Algérie organise ou contrôle dans le cadre du décret du 9 novembre 1946 un certain nombre de centres de formation professionnelle des adultes ou de centres d'entreprises.

---------De même, la Direction de l'Agriculture a sous sa dépendance l'Institut Agricole de Maison-Carrée, l'École Ménagère Agricole, les écoles d'agriculture, centres d'apprentissage agricole et centres professionnels ruraux. La réorganisation de l'enseignement agricole a été fixée par arrêté gubernatorial en 1947.

---------Enfin, l'Ecole Professionnelle de l'Air à Cap-Matifou près d'Alger prévue à l'origine pour les besoins des ateliers industriels de l'Air, relève de la direction technique des travaux aéronautiques du Ministère de l'Air, tandis que la Direction des Travaux maritimes organise à Oran, un Centre d'apprentissage pour les besoins de la Marine nationale.


SITUATION DE L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE ET PROFESSIONNEL AU 1er JANVIER 1953

---------Etablissements dépendant de l'Education nationale.
---------En son état présent, la situation de l'Enseignement Technique et Professionnel s'établit comme suit :

---------- L'Enseignement Professionnel est donné dans des centres d'apprentissage et des cours complémentaires d'enseignement professionnel. Ces derniers fonctionnent suivant le régime d'études des centres d'apprentissage et leur transformation en centres d'apprentissage est envisagée dès que les conditions de fonctionnement le justifieront.

---------Ces divers établissements au nombre de 113 au 1" janvier 1953 avaient un effectif de 7.511 élèves, garçons et filles.
---------Pour les garçons ils préparent une main-d'oeuvre qualifiée pour les diverses activités de l'industrie, du commerce, des ateliers et des chantiers dans les villes et plus spécialement de la mécanique agricole et du bâtiment
en milieu rural. Un placement très profitable est assuré sans difficultés. C'est ainsi par exemple qu'en 1951-1952, 9 % seulement des élèves sortis n'ont pas trouvé d'emploi et 17 % ont eu une activité sans relation directe avec la formation reçue, soit 74 % d'élèves efficacement placés.
---------Pour l'enseignement professionnel féminin, les possibilités de placement dans des ateliers de couture et lingerie sont limitées par la faible importance et le niveau restreint des ateliers existants, comme par la réticence des fillettes musulmanes et de leurs familles à s'employer en ateliers collectifs.
---------L'évolution de la femme musulmane, facteur essentiel de l'évolution du milieu social nécessite donc un apprentissage éducatif des arts ménagers et des techniques de la couture familiale. L'étude des techniques ancestrales de la broderie de la dentelle et du tissage y conserve cependant sa place dans le cadre de la décoration des travaux et des arts mineurs d'agrément.
---------Dans le cadre de l'Enseignement professionnel, 16 cours professionnels ont été organisés qui reçoivent le soir dans les établissements publics, 2.242 apprentis et jeunes ouvriers, désireux de compléter leur culture générale et leur formation technique et pratique et trouvent ainsi la possibilité de préparer le Certificat d'aptitude professionnelle tout en assurant leur existence dans les ateliers qui les emploient.
---------A ce même niveau, l'Enseignement technique privé compte sous forme d'écoles et cours professionnels : 120 établissements déclarés, groupant 5.460 élèves répartis pour la plus grande partie dans les activités du Commerce et de la Couture. Du fait de l'inscription au Budget de l' Education Nationale pour l'exercice en cours des crédits de subvention réservés par le Budget de l'Algérie aux établissements privés de caractère non lucratif, une action de coordination et l'alignement des niveaux d'enseignement de ces établissements a pu être entreprise.
---------C'est ainsi que la session des Certificats d'aptitude professionnelle de 1952 a enregistré dans l'ensemble de ('Algérie 3.440 candidats pour 34 spécialités.

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---------L'Enseignement Technique est dispensé à 2.466 élèves des Collèges techniques industriels et commerciaux d'Alger, Constantine et Bône, et des sections techniques de Lycées et Collèges : section technique industrielle et commerciale du Collège d'Oran (528 élèves), section de préparation au Baccalauréat technique et à l'examen préliminaire de géomètre-expert du Lycée de Maison-Carrée, sections économiques commerciales mixtes des Lycées ou Collèges de filles d'Alger, Oran, Sidi-Bel-Abbès, Tlemcen, Mascara de garçons de Philippeville.
---------En 1952, les Brevets d'Enseignement Industriel et Commercial ont enregistré 604 candidats pour 19 spécialités. 89 % des élèves ont trouvé un placement normal.
---------Dans les sections industrielles, outre les activités essentielles de base, ajustage et machines-outils, forge, serrurerie, chaudronnerie, soudure, menuiserie, ébénisterie, modèlerie, électricité, mécanique automobile, a été organisée suivant les besoins et les possibilités des établissements, l'étude des travaux de cuir, de la peinture décorative et du bâtiment, de la fonderie, du bâtiment et des travaux publics, du froid...
---------De plus, l'Ecole d'Industrie de Dellys, fondée en 1877, assimilée à une Ecole Nationale Professionnelle par arrêté du 9 décembre 1950, est orientée essentiellement vers la formation de techniciens pour la mécanique de précision, l'électricité et le froid, les travaux publics et le bâtiment.
---------Enfin, la préparation au baccalauréat technique est assurée à Alger, Maison-Carrée, Bône et Dellys. Alger et Oran ont également organisé une préparation aux Ecoles Nationales d'Ingénieurs d'Arts et Métiers.
---------Ici encore, des cours de perfectionnement et de promotion du travail créés et assurés par des associations privées, Chambres de Commerce, Municipalités avec la participation de l'Enseignement Technique, et intéressant essentiellement les domaines du Commerce, de la Banque, et de la Couture, enregistrent des succès croissants aux Brevets professionnels.

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---------Un enseignement technique supérieur est assuré par l'Institut Industriel d'Algérie de Maison-Carrée récemment institué en Ecole Nationale d'Ingénieurs des Travaux Publics et du Bâtiment, et à l'Ecole Supérieure de Commerce d'Alger, gérée par la Région Economique avec participation de l'Algérie.
---------Sous l'égide de la Chambre de Commerce, fonctionne aussi le Centre Algérien d'Etude de la Gestion des Entreprises qui, fondé en 1948 et reconnu par l'Etat par décret du 20 août 1949, connaît un plein succès dans la formation et le perfectionnement des directeurs et chefs d'entreprises.

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---------C'est donc au cours de l'année 1953 un total de 17.500 adolescents qui ont reçu une formation professionnelle dans les établissements d'Enseignement Technique et Professionnel, publics ou privés, relevant de l'Education Nationale.

---------La nécessité d'assurer une orientation effective des nombreux candidats à une formation professionnelle a justifié par ailleurs depuis 1947 la création de trois Centres départementaux d'orientation professionnelle, administrés par un Secrétariat régional rattaché au Service del'Enseignement Technique. Le nombre des examens effectués et des conseils d'orientation donnés en 1951-1952 s'élève à 10.783.

---------Etablissernents dépendant de la Direction de l'Agriculture.
---------La formation de techniciens agricoles avertis est le corollaire de la modernisation des cultures entreprises en Algérie depuis quelques années.

 

----------L'enseignement agricole comprenait en Algérie du 1er janvier 1953 :
--------Un enseignement supérieur dispensé par l'Ecole Nationale d'Agriculture de Maison-Carrée, son effectif au cours de l'année scolaire 1952-1953 a été de 152 élèves répartis en trois années.
-------Un enseignement de moyen degré représenté par 4 écoles d'agriculture (Sidi-Bel-Abbès, Philippeville, Aïn-Témouchent, Guelma) groupant 213 élèves, et une école ménagère agricole dont l'effectif pour l'année scolaire 1952-1953 a été de 129 élèves.
--------Un apprentissage à la fois dispensé dans 2 centres (arboricole et horticole) et 9 centres professionnels ruraux.

--------Centres dépendant de la Direction du Travail - Formation professionnelle des adultes.
---------Dans 15 centres de formation professionnelle, les je unes gens sont admis à partir de 17 ans. Ils reçoivent en un temps minimum, grâce à des méthodes appropriées, une formation qui leur donne les connaissances techniques et la célérité d'exécution nécessaires à la pratique d'un métier. Ainsi est-il possible de faire face à la demande grandissante d'ouvriers qualifiés et de faciliter le placement des nombreux Algériens qui sont attirés vers la Métropole.

---------1.654 stagiaires fréquentaient les centres au 1" janvier 1953. Leur nombre est en voie d'augmentation, grâce à la création prochaine de 18 sections nouvelles et de trois nouveaux centres.
---------Largement abordé dans tous les domaines, de l'activité économique du pays, il semble bien que le problème de l'Enseignement Technique et Professionnel ait trouvé en Algérie des solutions, dont le rendement permet d'augurer pour l'avenir la satisfaction de besoins qu'il est rationnel de prévoir et doit justifier l'extension des moyens à lui consacrer.

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LES CONDITIONS DE DEVELOPPEMENT DE L'ENSEIGNEMENT TECHNIQUE ET PROFESSIONNEL EN ALGERIE EN RELATION AVEC LES BESOINS

---------Industrie en voie d'organisation, rationalisation et mécanisation de l'agriculture, développement de l'habitat et des travaux publics, telles sont les causes principales qui ont engendré en Algérie les besoins nouveaux en main-d'oeuvre qualifiée, personnel de maîtrise et cadres techniques.
---------Ce développement économique répond en outre au souci intérieur de procurer du travail et des moyens d'existence aux populations autochtones et de promouvoir leur qualification professionnelle.
---------Eu l'état actuel, la répartition des populations par nature d'activités données à l'annuaire statistique de 1950 fait ressortir une population active globale de 3 millions 488.071 personnes sur laquelle 2.711.518 Musulmans sont comptés dans les activités rurales: agriculture, forêts, etc...
---------Soit environ : 658.494 travailleurs hommes et femmes (près de 19 %) pour le secteur non agricole, industrie, artisanat, commerce. La proportion des employés féminins pour le môme secteur est de 23 % pour les non Musulmans et de 12 % pour les Musulmans.
---------Pour une estimation de l'importance numérique des débouchés, adoptons le chiffre de 700.000 travailleurs salariés.
---------Si l'on tient compte de ce que les Caisses d'Allocations Familiales du secteur non agricole ont enregistré en 1951 un total de 57 milliards de salaires pour 373.000 travailleurs salariés, soit une moyenne de 153.000 francs de salaire annuel par personne, ont peut estimer largement à 50 % la proportion de main-d'oeuvre qualifiée, soit 350.000.
---------En prévoyant le renouvellement de cette main-d'oeuvre sur 30 ans, on arrive à un besoin de 12.000 travailleurs des deux sexes par an.
---------Si on ajoute, calculé dans les mêmes conditions, le renouvellement des travailleurs intégrés effectivement à divers titres dans l'activité métropolitaine dont le nombre aurait été estimé à 200.000, on peut déjà avancer un chiffre de l'ordre de 15.000 travailleurs des deux sexes à former par an.
---------Toutefois, à ces chiffres actuels, et pour approcher de plus près les besoins dans les années à venir, il convient d'ajouter les chiffres provenant
---------- du développement de l'industrialisation,
---------- de la mécanisation de l'agriculture,
---------- de besoins nés de l'accroissement des moyens de transports, de l'électrification et de l'élévation du niveau de la vie nécessitent des ouvriers des diverses spécialités du bâtiment, de la mécanique agricole et automobile, de l'électricité.
---------Après étude des accroissement des possibilités dans les différents secteurs, on admet que 23.000 possibilités annuelles d'embauchage régulier seraient un chiffre acceptable.
---------On ne peut actuellement tenter une sous-répartition de ces besoins entre les activités industrielles et commerciales que très approximativement sur la base de l'estimation qui aurait été faite des salariés de l'industrie à 330.000 personnes pour 300.000 dans les activités administratives et commerciales.
---------Il existerait dans ces conditions des possibilités d'utilisation effective dans l'industrie pour environ 12.400 cadres et ouvriers qualifiés et dans le commerce et les administrations publiques et privées pour 10.600 employés des divers grades par an.
---------Toutefois, des études seraient actuellement poursuivies, notamment par la Confédération Générale du Patronat en Algérie, pour définir, exactement en nature et importance les diverses spécialités nécessaires à l'activité de l'Algérie, et, sans doute sera-t-il possible dans l'avenir, de fonder une action de formation professionnelle plus précise sur les indications obtenues.
---------Dans ces conditions, en l'état actuel, en reprenant à 23.000 les possibilités effectives de placement annuel pour une formation envisagée de 3 ans en moyenne, on est amené à prévoir au minimum 69.000 enfants effectivement en formation. Si l'on admet une majoration de l'ordre de 11.000 enfants, soit 15 % environ, pour compenser les défections en cours de scolarité ou satisfaire aux besoins supplémentaires, on obtient un total d'élèves en enseignement technique de l'ordre de 80.000. En déduisant les 15.000 enfants actuellement scolarisés dans l'Enseignement Technique public et privé, il en reste un effectif à scolariser de 65.000 élèves.
---------La répartition de cet effectif dans les diverses branches de l'Enseignement Technique pourrait se faire par référence aux proportions enregistrées dans les statistiques des activités économiques.
---------C'est ainsi que la proportion des femmes pourrait être fixée à 23 % en moyenne pour les Européennes et Musulmanes bien que la proportion des femmes musulmanes occupant un emploi ne soit actuellement que de 12 %.
En sorte que l'on aboutirait en première approximation à la répartition suivante quant à la nature des établissements :
---------- Pour les cadres supérieurs et cadres de maîtrise : 17.600 élèves pour l'Enseignement Technique dont 13.600 garçons et 4.000 filles.
---------- Pour la main-d'oeuvre qualifiée : 47.400 élèves pour l'Enseignement Professionnel dont 36.400 garçons et 11.000 filles.
---------La Commission d'équipement scolaire instituée en Algérie aura normalement à connaître les conditions d'établissement du pion d'équipement de l'Enseignement Technique comme de celui des autres ordres d'enseignement.
---------Il semble que les éléments de propositions pourraient être présentés dans les conditions ci-dessus, compte tenu des moyens de financement envisagés.
---------D'ores et déjà, il apparaîtrait que sur la base d'un prix de revient moyen par élèves, de l'ordre de 600.000 francs pour la construction et l'équipement des établissements, la dépense à prévoir serait de l'ordre de 39 milliards.
---------La détermination des implantations des divers établissements tiendra nécessairement compte du caractère des groupements de population et de la nature des activités locales.
---------A cet égard, le Plan décennal a déjà envisagé l'implantation de 8 collèges techniques et de 60 Centres d'apprentissage ou d'enseignement professionnel nouveaux, masculins et féminins, ainsi que l'extension de 6 établissements d'Enseignement Technique et de 30 Centres existants.
---------En définitive, il apparaît qu'une action importante doit être entreriez, mais que le développement doit être conduit avec le souci objectif de proportionner la nature de la formation et le nombre des adolescents formés, aux besoins réels, permettant une utilisation rationnelle et complète de la main-d'oeuvre ainsi préparée.


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